Café-Philo du Mardi
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Texte par Nicolas N.
La société moderne nous pousse-t-elle à vivre comme des vampires ?
Dans son appréhension folklorique, la figure du vampire a pu revêtir diverses formes et être associée à de nombreuses pratiques. On retient parmi les caractéristiques les plus communes, héritées du Dracula de Bram Stoker, le fait qu'il s'agisse d'un revenant charismatique se réveillant la nuit pour sucer le sang des vivants. Métaphoriquement, le vampire peut également désigner celui qui s'enrichit aux dépens des autres, ou tirant satisfaction d'un rapport de domination affective exercé sur autrui.
Comme en témoignent de nombreuses manifestations de vampires dans la fiction, celui-ci sert souvent de vecteur pour questionner des phénomènes sociaux, ou pour incarner les travers de notre quotidien. Tantôt sadiques, séducteurs ou marginaux, les vampires présentent une variété de profils suffisamment développée pour s'inscrire dans le quotidien de chacun·e, et revêtir un caractère familier.
Aussi aura-t-on tendance à se comparer à un vampire lorsque l'on préfère vivre la nuit, ou les nouvelles spiritualités qualifieront de "vampires énergétiques" ceux qui puisent dans l'énergie mentale de leur entourage pour combler leurs propres manques. Mais une figure aussi protéiforme ne serait-elle pas un vecteur trop imprécis pour réellement dire quelque chose de nous ?
Si Marx parlait déjà de vampirisme pour désigner le capital qui se nourrissait du travail "vivant", il semble que l'imaginaire autour de cette métaphore demeure aujourd'hui vivace, le rentier propriétaire, l'exploiteur ou le politicien véreux peuvent être perçus comme des métaphores modernes du vampirisme. Mais le consommateur d'un pays riche ne vampirise-t-il pas également la force des travailleurs exploités à l'autre bout du monde pour satisfaire son confort de vie ? En jouant sur les définitions, ne devenons-nous finalement pas tous le vampire d'un autre ?
En effet, le vampire n'est pertinent qu'en relation au vampirisé, sur lequel il exerce une prédation tout en dépendant de la disponibilité de ceux qui constituent leur seule nourriture. Nous comparer à des vampires du quotidien pourrait alors tenir d'un rapport solipsiste au monde, qui ne serait qu'un terrain en proie à notre désir de prédation, mais avec lequel on se sentirait fatalement toujours en décalage.
Entre individu atomisé et société qui semble toujours nous échapper, entretenons-nous réellement un tel rapport ? Sommes-nous condamnés à toujours nous percevoir en décalage systématique avec une société que nous ne comprendrons jamais, tout en la fantasmant comme en proie à nos désirs égoïstes ? Ou peut-être préférons-nous simplement la promiscuité nocturne ?
Sources :
Qu'est-ce qu'un vampire ?
https://www.philomag.com/articles/quest-ce-quun-vampire
Que peut la sociologie face aux vampires ?
https://ideatype.hypotheses.org/655
Les sens du vampire
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-suite-dans-les-idees/les-sens-du-vampire-4375954
Voltaire et les vampires
https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2008-2-page-91?lang=fr
Voltaire et les vampires
https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2008-2-page-91?lang=fr
RDV à partir de 19h20 (début de la séance 19h30) au Parc de la Tête d'or devant les grandes serres (au pied de la statue de Jussieu).
Sujet de la séance : Le Vampire - La société nous pousse-elle à vivre comme des vampires ?
Un texte introductif et diverses ressources (articles, vidéos) seront publiés quelques jours avant.
