Café-Philo du Mardi
Détails
RDV à partir de 19h00 (début de la séance 19h10), au café de la Cloche proche de la place Bellecour.
- CHANGEMENT DE DERNIÈRE MINUTE -
La séance est avancée à 19h10 (rdv 19) pour cause de match ⚽
Le sujet de la séance du 14 juillet: La prostitution
Problématique: La prostitution est-elle uniquement physique ?
Texte d'introduction proposé par Elena V. :
Le mot « prostitution » désigne le fait de livrer son corps aux plaisirs sexuels d’autrui, pour de l’argent, mais aussi, dans son sens littéraire, à l’action de s’avilir dans un comportement dégradant. Ce double sens serait-il uniquement l’empreinte des siècles de mœurs qui diabolisent les plaisirs corporels, une forme de sexisme (vu que la plupart de prostitué.e.s sont des femmes) ou reflète-t-il une critique de la marchandisation du corps, touchant à l’inaliénabilité de l’humain ?
S'agirait-il d’un achat comme un autre, dans un plan purement économique ?
Dans ses leçons d’éthique, Kant aborde la prostitution par le prisme du « fin et moyen », la considérant comme une relation contractuelle acceptant qu’une des parties soit utilisée comme moyen pour les fins d’autrui, « comme un roti de porc qu’on mange pour apaiser sa faim ». Cette image contraste avec l’air romantique désuet, voir séduisant transgressif qui entoure l’image de la prostituée dans les films, romans, où « se déniaiser » apparait parmi les rites initiatiques masculins, à côté de la confrontation physique ou le fait de consommer de l’alcool.
La position libérale d’André Compte-Sponville et John Stuart Mill brandit l’autonomie, la liberté individuelle. Dans une ligne similaire, le féminisme pro-sexe (par exemple Carole Leigh), en introduisant le terme « travailleuse du sexe », encourage l’agentivité, la liberté du corps (« mon corps mon choix »), retourne le stigmate de la pute.
Mais dans quelles conditions un rapport sexuel rémunéré peut être réellement libre ? Pour Paul Ricoeur la prostituée est une personne autonome, capable d’agir, mais toujours inscrite dans des rapports sociaux, car la prostitution engage le corps mais aussi le lien social. Michel Foucault décrit la sexualité comme lieu de pouvoir. Dans un contexte social patriarcal, caractérisé par des relations de domination de genre et économique, la prostitution ne renforce-t-elle pas les inégalités ? Peut-on parler de consentement quand il y a une contrainte économique ? Les dérives du libre marché néolibéral ramènent à un parallèle entre la prostituée et le travailleur dont le patron a le droit d’usage sur le corps de son employée. Les inégalités conduisent alors à une atteinte à la dignité, du fait que des femmes en état de vulnérabilité deviennent ainsi des proies d’un viol marchandisé, privilège machiste d’acheter le non-désir féminin.
Pour les abolitionnistes, la prostitution n’est pas réductible à une pratique physique, l’humain ne pourrait être réduit à un objet de consommation.
Le sociologue Lilian Mathieu décrit l’aspect profondément hétérogène de ce milieu, ainsi que l’approche extrêmement clivée, qui peut considerer la prostitution comme une sexualité transgressive, une émancipation des normes, « un métier comme un autre », jusqu’au regard inquiet voir profondément dévalorisant. En écrivant « les prostituées forment l’unique prolétariat dont la condition émeut autant la bourgeoisie », Despentes pointe du doigt le misérabilisme et une certaine condescendance...
La prostitution serait-elle un acte purement sexuel tarifé, physique ? Ou implique-t-elle la personne dans son ensemble, dans ce qu’elle a de plus profond, d’intime, dans sa dignité ? Sommes-nous notre corps, ou le détenons nous en tant qu’objet, avec le privilège de le louer et de le récupérer – dans toute sa dignité – par la suite ?
Et pourquoi, diantre, on entend si souvent le mot « putain » chez les français ?
https://journals.openedition.org/lectures/453
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