Café-Philo du Mardi
Détails
RDV à partir de 19h20 (début de la séance 19h30), au café de la Cloche proche de la place Bellecour.
Sujet de ce mardi 10 mars: L'engagement
Aimer est-il un engagement ?
Texte introductif proposé par Nicolas N. :
Au sens commun, l'engagement désigne l'acte par lequel on promet, sur la durée ou dans le futur, d'accomplir un acte, sans pour autant avoir la certitude du contexte dans lequel on réalisera son engagement, mais en connaissance des causes qui nous ont amené à "mettre en gage" notre jugement, pour accomplir ce qu'on considérera alors comme un devoir. On peut donc concevoir l'engagement comme un acte paradoxal, en ce qu'il repose à la fois sur une connaissance d'un contexte donné, et d'une incertitude quant à l'effort que nous demandera la réalisation de notre promesse.
On peut à la fois comprendre l'engagement en tant qu'idéal régulateur, nécessaire pour construire la confiance que nous donnons réciproquement à nos paroles et nos actes pour faire société, et en tant que nécessité pratique répondant à un besoin d'agir lorsque la situation l'exige, quand l'heure n'est plus à la réflexion. En ce sens, on peut distinguer l'engagement comme modèle théorique de l'engagement comme heuristique lorsqu'il devient pratique et conditionné par la contrainte urgente.
On peut ainsi se demander si, sur le plan affectif, le sens de l'engagement tient davantage d'un modèle théorique - notamment du couple exclusif - qui agira comme régulateur de nos pratiques relationnelles, ou d'un besoin de mettre un nom sur une relation qu'on ne sait pas nommer. Ce besoin de répondre à une incertitude, voire à une insécurité, a récemment conduit à désigner certains types de relation par un vocabulaire nouveau, notamment la situationship, relation qui implique que l'on partage une intimité avec une personne, sans pour autant avoir la certitude de ce à quoi nous engage cette intimité, qui ne répond pas cette fois à la tradition, mais à nos sentiments.
Pour y répondre, on se trouve déjà en difficulté à définir l'amour, qu'on peut percevoir d'une part comme un acte de volonté qui conduit à agir pour le bien de qui en fait l'objet, d'autre part comme une forme particulière d'affect. Il pourrait sembler au premier abord que, lorsque l'amour tient de l'affect, il ne nous engage pas, tandis que lorsqu'il est un acte de volonté, il correspond à un archein, un sentiment qui nous engage déjà dans la réalisation d'actes ultérieurs. Mais peut-on réellement dresser cette distinction en faisant abstraction des traditions et marqueurs culturels qui conditionnent notre façon d'aimer ?
On peut ici penser à l'idéal polyamoureux, et aux modes de relation libres, qui émergent comme une réponse anticapitaliste aux dynamiques amoureuses, et favorisés par la naissance de nouvelles voies de rencontres affectives qui transforment progressivement la manière dont on accède à maturité sentimentale. Pour autant, la pratique de l'amour libre reste aujourd'hui minoritaire, y compris lorsque l'on porte un regard critique sur le poids de la tradition de "l'engagement" amoureux, dont la forme la plus aboutie serait le mariage religieux ou civil. Dans ce cadre, on engage à la fois soi-même et l'autre, dont on attendra le même respect d'un engagement dont une institution civile ou morale sera témoin. L'amour ne suffit plus, il devient une propriété d'une forme de relation à laquelle on se conforme réciproquement dans le couple.
Mais cette forme d'engagement devient-elle une sorte de mythe originel à mesure que les pratiques relationnelles réelles se démarquent du cliché de la comédie romantique ? La relation sans engagement serait-elle une manière de remplacer la conformité à la tradition par une pratique de "consommation" individualiste de nos sentiments, ou s'agit-il de l'exploration d'une forme d'amour réellement émancipée de l'engagement affectif et de la dépendance ? Est-il nécessaire de formaliser l'amour par l'engagement pour le rendre tangible, ou peut-on le circonscrire à une temporalité qui n'attendra pas que la mort nous sépare ?
Paradoxes philosophiques de l'engagement
https://books.openedition.org/pur/30036?lang=fr
Structure et signification de l'amour
https://shs.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2019-4-page-21?lang=fr
Croyons-nous encore à l'amour ? Radio France
https://m.youtube.com/watch?v=6qbpUH6hzz0&list=WL&index=2&pp=iAQBsAgC
S'engager, est-ce perdre ou affirmer sa liberté ?
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/philosophie/philosophie-du-vendredi-10-fevrier-2023-6568526
L'escalade de l'engagement, ou pourquoi on persiste malgré l'échec
https://www.youtube.com/watch?v=kw635wzOOPA
L'utopie de l'amour libre
https://refractions.plusloin.org/spip.php?article1440
Les applis de rencontre ont-elles tué l'amour ?
https://www.youtube.com/watch?v=JM5JcEo9x9I
