Café-Philo du Mardi
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RDV à partir de 19h20 (début de la séance 19h30), au café de la Cloche proche de la place Bellecour.
Le Hasard
Pouvons-nous concevoir le hasard ?
Texte introductif proposé par Nicolas N. et Sébastien M. :
Le hasard peut être défini comme la cause inexplicable d'événements inattendus, on attribue au hasard cette impossibilité de donner du sens à des événements fortuits. Pourtant, de nombreux événements résidant dans des variables mesurables sont régulièrement attribués au hasard. Par exemple, les jeux dits "de hasard" répondent toujours à des paramètres mesurables, mais sur lesquels notre degré de maîtrise est minime, voire inexistant.
Si les sciences fondamentales n'admettent le hasard qu'à une échelle sans commune mesure avec notre expérience du quotidien - ce qu'on appelle le hasard quantique - nous avons régulièrement recours à l'explication par le hasard pour combler notre incapacité à trouver une causalité face à ce qui répond à des causes bien déterminées, mais échappant à notre maîtrise. Ainsi, à condition de maîtriser de l'ensemble des données physiques qui régissent le tirage d'une pièce à pile ou face, on pourrait s'entraîner à toujours obtenir le même côté lorsqu'on tire une pièce, mais ce serait un bel effort pour un jeu pourtant très simple...
Cette tension n'est pas étrangère aux mathématiciens qui ont entretenu avec le hasard une relation complexe. Dès le XVIIe siècle, Pascal et Fermat posent les premières pierres du calcul des probabilités pour quantifier l'incertain, et Laplace imaginera un démon omniscient capable de prédire l'ensemble des évènements futurs : le hasard ne serait alors qu'ignorance, et non réalité. C'est dans cet héritage qu'Andrei Kolmogorov axiomatise la théorie des probabilités en 1933, puis tente de définir le hasard par la complexité algorithmique : une suite d'événements serait aléatoire si la longueur de sa description ne pourrait être compressée. Mais cette définition se referme au final sur une aporie : Kolmogorov prouva qu'il était impossible de montrer qu'une suite d'événements est véritablement aléatoire.
Nous pouvons aisément attribuer au hasard des événements en réalité déterministes tout en sachant qu'il s'agit là d'un abus de langage, mais peut-on envisager des cas dans lesquels nous attribuons des événements fortuits à des causes déterminées ? On peut répondre aisément par l'affirmative, que ce soit en invoquant le destin, une volonté supérieure, ou tout autre déterminant mystique qui nous permet de rationaliser les événements qui impactent durablement notre vie.
Il s'agirait même là d'un besoin fondamental chez l'être humain selon Sébastien Bohler, docteur en neurosciences, et il est communément admis en sciences cognitives que le cerveau agit comme un générateur de sens, pouvant générer du stress lorsqu'il échoue à en trouver. On peut ainsi comprendre la pertinence de l'adage "corrélation n'implique pas causalité", souvent répété dans l'histoire des sciences précisément parce que cela n'irait pas de soi. Mais que risquerait-on à ne pas admettre la possibilité du hasard ? Face à l'impossibilité de tout expliquer par la logique, notre rationalité risquerait-elle de devenir une prison cognitive ?
Au même titre, on pourrait répondre par la définition du complotisme selon le professeur en sciences politiques Michael Barkun : il serait caractérisé par l'idée que rien n'arrive par hasard, que tout répond à une forme de volonté. Cette définition permet de trouver dans la croyance religieuse et/ou dans le principe de déterminisme causal des sources possibles du complotisme. Ainsi, jusqu'à l'émergence de la méthode scientifique moderne, une explication complotiste du monde - sans hasard - pouvait sembler la plus valide, car la plus sensée.
Mais si notre capacité à faire preuve de logique et de sens nous conduit à des conclusions absurdes, est-ce à dire que nous devrions nous méfier de notre rationalité ? Le hasard n'est-il réellement qu'une donnée cachée, qu'il nous appartient de découvrir pour enfin comprendre que le monde serait bel et bien déterministe ? Ou au contraire, le hasard serait-il une nécessité fondamentale et psychologique, pour nous protéger d'une logique qui, sans autre forme de régulation, nous interdirait malgré elle l'accès au réel ?
Sources :
Le hasard
https://www.philomag.com/articles/le-hasard
Le hasard existe-t-il ?
https://www.youtube.com/watch?v=jcFsFit8vYs
Les probabilités ou la science du hasard
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-philosophie/peut-on-calculer-le-hasard-3927079
Pourquoi avons-nous besoin de sens ?
https://www.bloomingyou.fr/psychologie-emotions/developpement-personnel/neurosciences-histoire-avons-besoin-de-sens/
La théorie du complot de Karl Popper
https://www.academia.edu/download/88751040/Simonelli_PopperComplot.pdf
Illusion de corrélation
https://risques.hypotheses.org/a-b-c/biais-et-filtres-de-perception-du-risque/illusion-de-correlation-ou-correlation-illusoire-spurious-correlation
Exemple
https://www.tylervigen.com/spurious-correlations
Sérendipité : le hasard comme clé de la découverte ?
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-philosophie/serendipite-et-si-le-hasard-etait-la-cle-de-l-inventivite-8134828
RDV à partir de 19h20 (début de la séance 19h30), au café de la Cloche proche de la place Bellecour. Le sujet voté lors des précédentes séances ainsi qu'un texte introductif et diverses ressources (articles, vidéos) seront publiés quelques jours avant.
